20h: on toque a ma porte. J'ouvre. Sur qui je tombe£¿M. Xie, mon president cheri. M. Xie est tres nettement entre gris clair et gris fonce. Son visage est entre le blanc livide, le rouge pivoine, et le bleu metallique apoplectique. Il porte un beau costard cravate et est plein comme boudin. Je suis assez surprise. M. Xie me parle en chinois, et rentre dans ma chambre accompagne par une poignee de Chinois dans le meme etat. Ils rentrent, sortent, me parlent en chinois, me serrent la main, s¡¯esseyent, repartent. Je reconnais des officiels. Nous sommes en plein dans la quatrieme dimension du beijiu.
Que faire? Je l¡¯ignore pendant dix minutes. Jusqu¡¯a ce qu¡¯arrive un Chinois qui parle anglais. On m¡¯invite a les rejoindre dans la salle de banquet de l¡¯autre cote du couloir. Je suis en pantoufles et en sweat-shirt, decoiffee? Pas grave, ¡°it is very informal¡±. Je n'aurais jamais du les croire. Un Chinois peut mentir comme un arracheur de dent, sans la moindre once de culpabilite, ni avant, ni pendant, ni apres, pour arriver a ses fins!
Mais bon, il faut toujours, dans la mesure du possible, quand on est une femme, faire beni oui-oui a un Chinois. Specialement quand ce sont vos chefs, qu¡¯ils semblent animes des meilleurs intentions ethyliques et qu¡¯aucune protestation ne servirait a rien, ils ne comprennent pas votre langue. Ils ont la gentillesse de me laisser prendre ma clef avant de sortir. Quand meme.
On traverse le couloir et on entre dans la salle de banquet. Une vingtaine de personnes, dont le secretaire general du parti de Linyi (le roi de la ville), le maire, le vice-president du Foreign Affairs Department de la ville, le vice-president de l¡¯Educational Department de la ville, le president de l¡¯universite, les trois vice-presidents, Mr Han, Mr Xie et mon Mr Xie, et ce qui semble etre une delegation sud-coreenne sur leur 31 et avec au moins autant de beijiu que d¡¯alcool dans le sang. Ils sont pleins morts. Je suis sur Mars et en pantoufles. On me fait afonner deux bieres pour me souhaiter la bienvenue et on me demande recta de chanter une chanson. Je dois m¡¯executer rapidement. Mais quoi?
Qu¡¯est-ce que vous croyez que j¡¯ai chante?
Oui.
La Ligue a Leon. Mon tube interplanetaire pour les Chinois. Succes immediat. Petit probleme: on me demande ce que veulent dire les paroles¡ Euh, c¡¯est l¡¯histoire d¡¯une jeune paysanne qui va a la ville voir son amoureux¡ Il s'appelle Lenine... Passons.
Rose me rejoint, ils continuent a rameuter mes collegues russes et Philippines. Ils veleunt encore une chanson A deux on fait ¡°Jeanneton prend sa faucille ¡¡± et on termine notre duo sous un tonnerre d¡¯applaudissements. Apres cela, tout le monde vient toaster avec nous. Toutes les 6, on sourit, on papote. Des Sud-coreens ont quelques rudiments de francais. On socialise en pantoufles.
Intermede impromptu. A 20h30, les officiels du gouvernement et les Sud-Coreens partent. Les membres de l¡¯universite les raccompagnent, la salle se vide, mais on nous demande des rester la. Gros fous rires en les attendant. Mais qu¡¯est-ce qui se passe dans cette universite de Chinois fous???
Le president et les vice-presidents reviennent. On se reinstalle a table, on retoaste et repicole. M. Xie parle de ¡®kisses¡¯, ¡®kisses¡¯ et de ¡®Xmas Party¡¯ a ceux qui n¡¯etaient pas la: M. Xu, le president de l¡¯universite et M. Han, un autre vice-president. Sinon on a M. Xie le vice-president danseur, M. Xie, le president de mon department, M. Ding, vice-president du Departement of Education de la ville, et M. Pang rameute a la derniere minute pour traduire.
(au milieu M. Xu le president de toute l'universite)
On a manifestemernt fait forte impression avec notre soiree de Noel. Cela a ete le gros evenement social de la semaine a la Linyi Teachers University. Je me rends compte accessoirement que mon president, M. Xie, a un temperament de maquereau. Et vas-y qu¡¯ils nous envoie dans les bras du president de l¡¯univ¡¯ pour lui faire un bisou sur la joue et danser avec lui. Ils sont nettement moins craintifs que le 25, assurement.
(a gauche, M. Ding, un petit probleme de cadrage peut-etre...)
On va chercher de la musique, des milliards de pintes (et les serveuses les laissent dans de l¡¯eau chaude avant de les server, damnation! Un a fond a la biere tiede mais quelle horreur!) et c¡¯est reparti pour une fete improvisee. Katia, une Russe qui travaille dans une usine a Linyi arrive en plein milieu. Elle venait rechercher Massia, le petit chat qu¡¯elle avait confie a Irina en catsitting pour le weekend. On a pris le chat et Katia dans la salle avec nous pour notre petite soiree. C¡¯etait tres familial. Comme le president a dit, on etait une grande famille unie. Tout a fait.
(moi et le president a la fin de la danse du papier journal en desequilibre beijien avere)
On a refait la danse du papier journal, le jeu de la banane (deux personnes doivent manger une banane par les deux cotes sans en laisser tomber par terre), on a danse des slows avec tous nos presidents et vice-presidents, on a evite les mains baladeuses avec patience (et il y en a eu), on a recu des declarations d¡¯amour dans un anglais approximatif. On a termine dans un etat loin du reel a 1 heure du matin (alors que pour les Chinois, 22 heures, c¡¯est deja tres tres tres tard), quand la femme du president est entr¨¦e chercher son mari. Et nous a trouves tous couches par terre bras-dessus, bras-dessous a faire des photos. Je vous laisse imaginer sa tete.
Je n¡¯avais jamais autant bu, ni en Chine, ni ailleurs. Je suis sure que c¡¯etait pareil pour mes collegues, on est rentrees mortes de rire de cette soiree de fous. J¡¯etais toujours en pantoufles. Je suis allee m¡¯ecrouler gentiment sur mon lit.
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