Enfin, soyons honnêtes, plus je me sinise, plus je ralentis.
En effet, après avoir utilisé toute l’année dernière un vélo appartenant à mes anciens propriétaires et l’avoir restitué en fin de bail, j’avais reçu comme cadeau d’anniversaire une MAGNIFIQUE bicyclette chinoise avec le petit panier devant, un vélo à moi et avec des freins s’il vous plaît !
Chaque matin, j’enjambais donc ma monture pour remonter le 3e périphérique sud pendant 5 minutes afin de gagner ma station de métro. Grâce à elle, je voguais, légère, le tronc droit, le cou élancé comme un cygne à travers les embouteillages, pour aller faire les courses aux supermarchés à produits occidentaux qui pullulent dans l’est de la ville où j’ai désormais établi mon bivouac. Je partais pour de longues balades à la recherche de beurre, de baguette, ou de livres, étant également à portée de mollets du Centre Culturel Français.
Où se joua le premier drame.
Le Centre Culturel Français est un endroit assez chic et donc pourvu d’un parking couvert pour voitures, mais dépourvu des facilités essentielles réservées à la protection des vélos.
Mais les trottoirs étant larges et ombragés, ah ces quartiers de riches, les étudiants fauchés et moi-même nous contentions de laisser nos vélos à l’ombre d’un ... ? euh, d’un arbre feuillu. Nous nous précipitions alors gaiement à la découverte de la culture et de la littérature francophone prodiguée avec munificence par une politique étrangère de la France plus facile à mener en Extrême-Orient qu’en Extrême-Seine-Saint-Denis, parce que mazette, comme bibliothèque publique, cela me rappelle plutôt le métro de Moscou, en marbre et lustres en cristal dans les couloirs, sauf que cela fonctionne. Un record. La main-d’oeuvre pas chère, ça a du bon.
Je vous le dis, ce serait avec mes impôts qu’on aurait construit cela, ce n’est plus à mon blog que j’écris, c’est à mon député.

Donc un jour d’octobre, je laisse mon vélo à l’entrée, et quand je ressors : vélo, a plus !
« Saloperie ! Raclure de sperme de phoque empaillé ! Porcherie ! Et mmmm...de » furent les délicats vocables que je hurlai à la tête des cieux, des grues, des grutiers et des oiseaux le long de l’avenue que je remontai furibarde.
Je téléphonai immédiatement à l’élu qui m’avait offert ma ciclybette. Hilare à mon désarroi, celui-ci me répondit que :
« - Ce n’est pas grave bébé, je t’en rachèterai une autre. Et pour devenir une vraie Pékinoise, il faut au moins se faire voler 10 vélos ! »
Il a toujours les mots qui réconfortent, mais bon, il me fallait ravaler mon chagrin.
Deuxième acte.
Un mois plus tard, un dimanche, nous retournons au même magasin pour racheter sensiblement le même vélo. Je demande un verrou supplémentaire au cale-roues, mais l’homme me répond avec sagesse :
« - De toute façon quel que soit le verrou, il leur faut 10 secondes, alors se coltiner un gros verrou tout noir de graisse et pas pratique pour les retarder de 10 secondes, à quoi bon ? »
Son détachement me sert de guide et je repars avec un vélo à un verrou.
Et le lendemain, refière comme Artaban, je repars à l’assaut du 3e périphérique, voir plus haut. Je le range dans un parking de haute sécurité, clotûré et gardé. A mon retour le soir : je fouille, retourne et perquisitionne mes poches comme la BAC dans un HLM mais pas de clés de verrous. J’na les ai perdues. Vélo bloqué. Il me faut donc convaincre les gardes qu’il s’agit de mon vélo, leur demander de le fracturer (ce devait être des gens honnêtes puisqu’il leur a fallu quand même nettement plus de 10 secondes, plutôt 10 minutes) et repayer pour replacer un autre cale-roues. Je reviens chez moi contrite.
Et toute la journée du lendemain, vérifie incessamment que mes clés sont toujours en ma possession. Conjurer le sort de cette manière ne fut d’aucune aide.
Car, c’était écrit, le vélo fut dérobé à la faveur de la nuit, le lendemain, mardi soir, moins de 48h après son achat, en bas de chez moi, alors qu’un garde était planté à moins de 5 mètres et qu’il se trouvait au milieu d’une nuée de bicyclettes.
De mon vélo il ne restait rien. Je ne garderai que le souvenir des Chinois rigolards qui passent leur vie en bas de chez moi à jouer aux échecs chinois et qui se sont fort esbaubis de mon air de poule qui vient de pondre un oeuf de travers, mâtinée de l’oeil de lynx de l’homme qui valait 3 milliards en cette matinée frisquette, alors que j’errai hagarde à la recherche de ma monture d’acier et de carbone.
Plus que 8. Je vais n’en chier.