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Tel le phénix surgissant de ses cendres ...
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car Nanny Anastasie a décidé que les internautes de la partie continentale de la Chine devaient réserver leur bande passante à d’autres lectures.

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Samedi 28 février 2004 6 28 /02 /2004 00:00

Trop facile, maintenant, j'ai compris le truc: trois bouteilles de vin et un aperitif et le voyage passe tout seul. Bon a la troisieme deuxieme bouteille de vin, je tanguais un peu pour aller chercher la bouteille au fond de l'avion, mais je n'etais manifestement pas toute seule a appliquer la recette. Et puis il y a les trous d’air…

Sinon, pour les bagages aussi, compris la technique : UNE valise, une seule. Avec du chocolat dedans, un truc en plastique pour passer le cafe, quelques vetements tout a fait introuvables sur place, mon portable!!

 (denomme le Schleuh car equipe d'un clavier allemand, et jusque peu avant mon depart de Windows XP en allemand et que mon amoureux, Arend pour ne pas le nommer, m’a offert pour Noel et m’a gentiment configure dans un langage que je maitrisais plus ou moins grace a l’aide de ses charmants collegues, et que j’ai meme installe le premier reseau de ma vie avec ma becane de la maison pour transferer mes 1885 tubes pourraves que je telecharge avec amour et passion depuis quelques annees maintenant. Rappelez-vous ma phase Bide et Musique ! Que d’emotions, que d’emotions… Toto Cotugno a Linyi, je vous le dis, cela swingue trop grave, ‘Tanze Samba mit mir’ je ne vous dis pas la furie !

Le Schleuh a en outre ete dument decore de quelques-uns des echantillons de ma collection d’autocollants rocks et gauchos qui trainaient dans mes tiroirs depuis des annees. Lachement, je me suis abstenue de celui ‘Free Tibet’ achete a Couleur Cafe en juin avec la calligraphie du nom de mon amoureux –le meme- en tibetain)

Bon stoppons les digressions politico-decalcomanesques d’aspirante NERD.

Et puis un vol direct jusque Pekin, plus de chipotages avec le sud de la Chine et la Thailande. 4 heures de vol en moins, appreciable, plus de transfert dementiel Hong-Kong – Shenzhen – Canton – Linyi entre avion, bus, trois checkpoint frontieres et un avion encore. Cela m’avait pris deux jours et pas mal de sous la derniere fois.

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Dimanche 29 février 2004 7 29 /02 /2004 00:00
Pekin, je passe tous les controles sans encombres, ma valise m'attend sur le tapis roulant. Je fais comme si je prenais le 71 entre De Brouckere et la Porte de Namur (mon cerveau n'est pas en etat de faire mieux meme si la situation l'exigeait). Je file en autocar a la gare, je prends mon ticket de train, je depose mes bagages a la consigne et il est midi, dix heures et demie a attendre avant mon train. Je me sens comme une vieille pro a ne meme pas me poser de questions en plein Pekin.

Si on m’avait dit cela en septembre que je me debrouillerais un jour la-bas comme une plus tout a fait laowai (etrangere) ! Enfin, je l’ai un peu cherche aussi…

Et cerise sur le gateau de la mondialisation culturelle : tango en fin d’apres-midi ! Voila une idee qu’elle est bonne. Je garde avec moi mes chaussures de tango en guise de viatique ! Je me rue pour un brin de toilette dans les WC les plus propres de Chine a ma connaissance (plus aussi bien que dans mon souvenir, mais cela peut aller) et arret MacDo (derniere occasion de manger du bœuf trafique a l’occidentale avant longtemps).

Je me dirige en flanant, flanant vers la grande rue Neuve locale. J’ai largement le temps et il fait au moins dix degres de plus qu’a mon depart de Bruxelles. Je rentre dans la grande librairie ou ils ont des bouquins en anglais, je fais mon shopping de methodes de francais en chinois, je vais jusqu’au dernier etage. Oh tiens, ils ont une mini-cafetaria. Et voila un endroit peinard pour bouquiner. Tellement peinard que je vais piquer un somme pendant deux heures quasi la tete sur la table. Je sors de la requinquee, le temps d’aller voir que Tien An Men est toujours a sa place (et comme d’habitude, c’est dimanche et le mausolee de Mao est ferme, pas de bol lui et moi) et il est temps de prendre le metro pour aller au tango. C’est juste a cote du Musee de l’Agriculture, soit. Il faudra quand meme que je telephone pour etre sur que je suis a 50 m !

Une fois arrivee dans un petit bar, avec une piste de 4m sur 5, je fais la connaissance des tangueros pekinois : tous des expatries hormis une Chinoise, beaucoup plus de dames que d’hommes. Et une Belge ! Premiere Belge que je rencontre en Chine : elle est etudiante a l’INSAS locale. A debute le tango a Pekin et est tres etonnee que je lui apprenne qu’il existe une scene tango en plein essor en Belgique. Nul n’est prophete en son pays.

Ils me demandent evidemment d’où je debarque, combien de temps je reste a Pekin, etc. Quand j’annonce que je suis ici pour la journee entre transit entre Bruxelles et Linyi et qu’il etait primordial pour moi de venir danser, je les tanne un peu. « Frantic about tango »,yes !

Je passe un excellent moment avec eux, le temps de retourner a la gare, de recuperer mon barda, d’acheter mon premier paquet de chips chinois (mmmmh succulents, quand on ne prend pas ceux a la fraise), de grimper dans ma couchette du troisieme etage, de me rouler dans ma couette au milieu de la centaine de Chinois du wagon, et dodo !

 

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Samedi 3 avril 2004 6 03 /04 /2004 00:00
Je nous ai trouve un hotel aux petits oignons.

Un truc beau, moderne, rempli d'Americains en vetements de trekking, grosses chaussures de marche, Gore Tex, casquettes, pantalons multi-poches, couteau suisse et Butagaz dans une poche probablement (on ne sait jamais, ils pourraient devoir escalader une montagne ou bivouaquer sur un boulevard entre Tien An Men et la Cite Interdite)!

L'hotel, il etait tellement chic que c'etait plus facile d'y obtenir de l'eau chaude dans la baignoire que de la froide. Et meme que l'eau etait potable!

(je ne vous ai pas raconte la bonne histoire de l'eau courante a Linyi. Notre machine a laver etait en panne, une histoire de filtre bouche. Bouche a quoi le filtre?? Au sable. Ni moi, ni mes collegues ne sommes alle a la mer ou n'avons joue dans un bac a sable, conclusion, le sable arrive avec l'eau du robinet)

etonnant non?

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Jeudi 8 avril 2004 4 08 /04 /2004 00:00
Sur ce coup-ci, je me suis fait un peu depouiller... La fatigue. Apres avoir visite le temple a Confucius (tres beau), il etait temps de manger. Le Lonely recommandait le marche de nuit avec ses petits restaurants sur la rue. Je convaincs Arend de nier l'affaire pour le resto chic et vamonos au marche. On trouve un petit resto dont les legumes paraissent accueillants. Le Lonely recommandait de discuter du prix avant de commander. On choisit quatre plats a base de legumes et du riz, j'ai le temps de demander combien coute un plat, 6 yuans, et combien coute le riz, trois, c'est bon, la patronne nous dit de nous asseoir. Le repas arrive, delicieux, vraiment bon, on recoit des fruits comme dessert, on s'apprete a partir, je demande l'addition. 180 yuans. Yaaaaeeerk! What! Shenme shenme! Commence une longue et penible negociation avec la dame qui tente de nous faire croire qu'une soupe a la tomate coute 6 yuans, mais qu'une pauvre aubergine frite plus de 40 yuans parce que les legumes sont chers en cette saison. Ce repas valait 20 yuans maximum, que des legumes et du riz, et dans la rue sur une table en plastique, meme pas dans un resto chic avec des lustres en cristal. Plutot une lampe-tempete accrochee dans un coin. Et comme on a deja mange, c'est difficile de partir comme cela. A Linyi, le prix de la nourriture est le meme pour tout le monde, y a pas assez de touristes a plumer pour qu'ils y pensent, mais pas a Qufu. Commence une longue discussion ou j'utilise toute les ressources de mon pauvre chinois pour tenter de ramener cette addition (et la proprietaire) a la raison. Tres peu de succes, on pietine. Elle est prete a accepter en echange, si on a pas de sous, l'appareil numerique d'Arend, sa camera, ma bague en fer-blanc, mais pas a reduire le prix. On prend notre temps, on baragouine peut-etre une demi-heure facile, mais j'ai la concession aussi difficile que la dame, aussi c'est Arend qui trouve un accord a 80 yuans, que la dame accepte en pleurant des larmes de crocodile, et moi aussi, d'ailleurs, et en invoquant avec virulence (en chinois) la ruine du petit commerce par les exploiteurs capitalistes. On se quitte bonnes copines. Et le plus tuant de tout, c'est qu'on fait trente metres, et la patronne fonce vers nous en courant: Arend avait oublie son bic, qui valait beaucoup plus que 150 yuans d'ailleurs. Moralite: les Chinois sont honnetes. Mais moi, je suis rentree a la maison en ayant l'impression d'avoir perdu la face. Je me sinise a mort.


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Samedi 10 avril 2004 6 10 /04 /2004 00:00
8h du matin, bureau des Affaires Etrangeres. On part en excursion avec l'ecole. Les etudiantes russes, Tess, Irina, Larissa, la vierge folle, et le bureau: mr Xie avec femme et fils, miss Wang, mr Li avec femme et fils, mr Yi et sa petite amie (gros scoop), le chauffeur et la fille du chauffeur. Que du beau monde. Direction Yi Shui, la grotte souterraine ou se trouve la source de la riviere Yi. Une superbe visite en chinois au milieu d'un eclairage bigarre et multicolore, les explications scientifiques a en croire la traduction de miss Wang furent lacunaires, mais comme les Chinois adorent les formes naturelles qui ont l'apparence d'autre chose, on est alle de rochers ressemblant a une soucoupe volante en stalactites ayant pretendumment la forme de dragon. Avec evidemment les roches a caresser pour une vie eternelle, l'argent a profucion, et pour porter chance. Arend m'a fourni les explications geologiques necessaires. Au moins, il faisait frais. Apres: banquet. Et apres le banquet, plus rigolo, on est alles a la cueillette des fraises dans le village natal de mr Xie. Sa soeur a des champs rempli de fraises. Bon, on en a plus mangees qu'on en a cueillies, mais c'etait bien rigolo.
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Jeudi 20 mai 2004 4 20 /05 /2004 00:00
Je suis en train de manger un sandwich! Fromage et baguette, je croque dedans et de retrouver ces vieux reflexes de mastication, cette mie croustillante, ce gout, je ne vous raconte pas...

Mon premier repas froid depuis le 1er mars. Mon premier sandwich en Chine.

Bon la baguette est un peu seche, et le fromage fondu (allemand) est perime depuis le 31 decembre, mais quand on est en manque on ne s'arrete pas aux details. C'est bon, cela ne goute pas la Chine, c'est terriblement exotique.

Cassie (ma prof de Chinois chinoise) m'a regarde d'un drole d'air quand mes yeux ont brille de convoitise pendant que j'elaborais mon menu (pour 99% des Chinois, le fromage, c'est degueulasse, meme un truc basique comme l'emmenthal, je ne vous parle pas d'un camembert bien fait ou d'un maroille qui court tout seul, alors qu'ils boivent des tasses de vinaigre pendant les banquets, sic, c'est bon pour votre beaute).

Mais on trouve maintenant du fromage a Linyi. Avant juste une marque de Ziz neo-zelandaise insipide assez chere, mais de semaine en semaine le choix s'elargit. Aujourd'hui il y avait meme des blocs d'Edam et de Gouda. Mais cela reste cher: 30 yuans un petit bloc de 250g. 30 yuans, 3 euros, le prix d'une blouse, de 2 allers-retour au centre-ville en taxi, de trois bouteilles de vin moyenne ou de deux bouteilles de cognac (oui les Chinois ont du cognac, du normal et du pas cher).

Je me suis donc rabattue sur le fromage fondu allemand. Et non, rien de rien, je ne regrette rien, surtout pas de devoir manger une baguette en une journee, sinon, demain ce sera de la  poussiere.

Elle est tres seche cette baguette. Mais elle n'a pas la consistance du sandwich mou chimique tres sucre (arome saccharose, faudrait pas que ca goute trop naturel non plus), elle a la consistance de la baguette. Parce qu'on trouve deux types de baguette a Linyi: la baguette de "Peach Blossom supermarket", ca ressemble a une baguette jusqu'a ce que tu la touches, elle a la consistance sandwiche mou, et celle de Ta Fu Yuan (Fu Mart) pour laquelle j'ai enfin craque.

Il m'en reste un bout, je crois que je vais exagerer la dose de fromage dessus. Vous m'excuserez de vous laisser maintenant, des imperatifs gastronomiques m'attendent, j'ai les papilles en folie a l'idee du festin qui m'attend.

En vous souhaitant un bon appetit,

Vlyne

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Samedi 31 juillet 2004 6 31 /07 /2004 00:00

J’ai donc passé deux heures dans le centre d’Helsinki à me trimbaler mes bagages en regardant partout (notamment les panneaux en finnois, tellement énigmatiques). Parce que rester à l’aéroport, cela me rappelait de façon trop aiguë mon premier départ en Chine. Il y a bientôt un an, en pleine nuit. Longuet, et un peu flippant. Je me trouvais en pleine phase traumatique de la petite occidentale qui se préparait à quitter la terre de ses pères pour l’empire du Milieu. Un magnifique souvenir d’adrénaline comateuse, à errer dans un terminal désert, à essayer de me lover dans un siège inconfortable. La politique du mobilier public inconfortable vise à éviter que les gens en prennent trop à leur aise dans les espaces publics, notamment, suivez mon regard, les clodos. Il y aurait donc des clodos dans les terminaux de l’aéroport d’Helsinki ou alors, c’est une question de standing. Je pense que la société civile et les sociétés de défense des consommateurs devraient avoir le courage d’aborder le sujet. Pour le prix qu’on paie, on pourrait au moins etre confortablement installé pour attendre. Et ils se marchent sur le pied, parce qu’un passager reposé est un passager qui ne fait pas chier. Grand adage dans le secteur des transports aériens. Qu’un économiste nous ponde donc rapidement une étude pour démontrer que la suppression des accoudoirs dans les terminaux des aéroports ferait baisser la consommation d’alcool en vol de deux bouteilles de gros rouge par vol, et d’ici trois mois, on pourra se vautrer dans l’aéroport d’Helsinki ! Un peu de cohérence que diable.

Revenons à ma veille (inconfortable) de janvier. A me réveiller toutes les trois secondes pour vérifier que mon passeport était toujours rangé à sa place. Celle où je l’avais mis cinq minutes de stress plut tôt. À constater que mon avion n’était pas parti sans moi avec trois heures d’avance sous mon nez, et à me demander ce qui m’attendait de l’autre coté. À visiter le coin fumeur. Un grand moment de plénitude en bref.

Ce jour-là, l’aéroport débordait de vie et d’activité, avec des hordes de Finnois qui prenaient leurs vols vers l’Espagne ou la Turquie. Et des Chinois à dévaliser le duty free et quelques touristes qui lisaient leur Lonely Planet tout neuf et tout brillant. Au milieu, Bibi avec son beau sweatshirt de Lei Feng pour bien montrer qu’elle avait dépassé le cap du noviciat. Mon Lonely Planet a maintenant des coins cornés de partout.  

Après le bordel classique d’une vraie file de Chinois, on embarque. Mon ticket 7L. Je monte, vais jusqu’en économique, rangée 27, je dois être tout au fond, je me fraie un chemin, tout au bout, je regarde le numéro : 57. Gros moment de néant mental. Que pasa ?

J’affiche un regard fou, perdue dans une incohérence kafkaïenne. Je dois retourner sur mes pas, retraverser à contresens la marée humaine, qui sur une largeur de couloir de 80 cm tente de trouver son siège, sa petite laine, de l’espace dans les coffres pour ses sachets, tout en ondulant des hanches pour laisser migrer le reste de la horde déchaînée qui tient à reproduire ce comportement primitif d’occupation de territoire un peu plus loin dans les plus brefs délais. Évidemment que j’avais l’air d’une crétine à ne pas savoir ma place et à déranger si ouvertement la transhumance des passagers responsables qui connaissaient leur numéro de fauteuil. Le lemming qui court à l’envers. Je sentais tous ces yeux me jauger et ces valises, coudes et hanches me heurter dans mon périple avec le mépris brutal du à mon inconséquence. Jusqu’au moment où remontée à la source, tel le saumon à bout de force, et n’exposant plus que mon dos (avec la photo de Lei Feng dessus) à leur vue, je suis passée de l’autre coté du rideau.  

Mon siège se situait en business.  

Quittant enfin l’opprobre de la plèbe, je pouvais donc affronter transfigurée d’une joie céleste les regards condescendants de mes compagnons de cabine. Ils avaient évidemment compris que nous ne faisions pas partie du même monde, à voir la tête que j’ai tirée, yeux exorbités et hagards, en regardant le 7L comme le Walhalla. Mais vu la largeur de mon repose-cul, je planais désormais bien au-dessus de ces contingences, tant sociales que spatiales.

Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaouw, voilà du ludique pour le petit monstre.

J’ai passé de grands moments Mister Beaniens à essayer tous les gadgets de travers, les sièges tout inclinables, les repose-pieds, l’écran dans l’accoudoir (il a fallu que mon voisin m’aide à la remettre en place), la super couette, l’espace pour me rouler en boule, et tout simplement contempler béatement les milliards de km séparant mon fauteuil de celui de devant.

 C’était terriblement bon. Malheureusement, je me suis complètement trompée dans mes horaires de vol, le trajet Helsinki-Beijing ne durait que 7 heures au lieu des 10 imaginées. On est donc arrivé à 7h30 du matin heure locale.  Dommage. Je serais encore bien restée un petit peu dans cette niche de félicité immatérielle, et ce, même si la télé de bord est tombée en panne. Je n’aurai pas pu jouer à Tetris avec ma télécommande, charnière fondamentale dans la politique de conception des loisirs élaborée par les compagnies aériennes pour distinguer avec sagesse le menu fretin de l’élite. Mais quand on se sent heureux comme un sanglier affamé dans une usine de cacahuètes Duyvis, on ne s’arrête pas à cela. Je n’ai meme pas dû me saouler pour dormir comme un angelot enroulé dans ma couette moelleuse.

 Je quitte l’avion à regret avant que les stewards ne me jettent de dehors et me voilà à Beijing. Je récupère tout mon attirail, me prends sur la tête un bon trente degrés humides à souhait dans un smog brûlant et monte dans le bus direction l’hôtel. Après avoir coltiné mes bagages sur quelques (suantes) centaines de mètres, j’éprouve en plein le coup de barre du décalage et, dans cet état second, je suis conduite à mon appartement.

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Dimanche 1 août 2004 7 01 /08 /2004 00:00

Rien qu’à aviser le papier peint à ramages bleu foncé dans la cage d’escalier et le linge qui pend aux fenêtres un soupçon m’assaille. Simple litote, j’ai vu le cauchemar venir dès qu’on m’a montré le bâtiment, mais à cause de la fatigue, j’ai manqué de réactivité. Je me rappelais être passée devant en juin en me disant qu’il devait s’agir des logements du personnel. C’est au quatrième en plus. 

Dès l’entrée, plus aucun doute n’est permis, cela craint. Mon appartement n’a plus été modifié depuis la révolution culturelle, et il est mal foutu.  

Il s’ouvre sur une perspective réjouissante. Un couloir avec au bout une toute petite porte. Entre-t-on par là dans la peau de John Malkovich ? Ce ne serait pas si dramatique comme lot de consolation. Mais non, cela va me tenir lieu de garde-robe, moquettée bleu poussière. Dans le terme bleu poussière, il y une partie acquise, et une partie innée. Faites le tri. Avant cela, un passage étroit sur la droite, sur le coté, ma salle de bains, un magnifique carrelage beige avec des motifs de poissons sous la lumière éclatante d’un 30 Watts diabétique, et toutes les appliques métalliques rouillées. Au fond, la cuisine super équipée. De la faïence encore plus beigeasse et triste (sans poissons), un évier, deux plaques de gaz, un frigo des années 70 et une mini commode dont la place idéale se situerait dans un garage pour y ranger les clous et les boîtes de désherbant. Et une fenêtre sur la cour/jardin intérieure des bâtiments. Même pas une fourchette ou un bol. Rien.  

Dans le couloir principal, après le passage, ma chambre : un grand lit deux personnes, avec une couverture de lit et un repose-tête derrière d’un tissu brun foncé des plus engageants, deux meubles de nuit sombres. Et basta. À gauche au fond, une pièce en longueur, ma salle de séjour. Près de la porte, dans l’angle du mur, une table et deux chaises, le coin à manger, au milieu, deux fauteuils contre la paroi. Aussi confortables qu’en pierre de taille, recouverts de pied-de-poule gris sombre (un peu) taché, en face une petite télé. Contre la fenêtre qui s'ouvre sur le parking, un bureau avec une armoire chinoise sur la droite. Au moins, mon appartement ne donne pas directement sur l’avenue, 6 bandes de circulation. Des rideaux et des voiles dans la chambre et le salon qui forcent mon admiration. J’ai rarement vu aussi laid et désassorti. Le tout est éclairé au  néon partout, tellement chaleureux. Tous les meubles sont brun foncé et les murs blanc, sales (le dernier adjectif s’applique aux deux termes le précédant), avec des taches, des fissures ou des retouches de plâtre apparentes. Ben, si finalement, on a amélioré depuis la Révolution Culturelle. Je peux être mauvaise langue quand même. Au plafond des dalles de plastique orangeasse sale, un peu désajustées. Pas de fontaine pour l’eau potable, mais j’ai droit à mon splendide thermos kitschissime (aux armes de l’hôtel, les amateurs apprécieront) rempli de flotte bouillante. Super toast pour une pendaison de crémaillère.  

J’irradie de bonheur réellement, je micro-onde ma joie de vivre en ce dimanche. 8000 bornes pour cela pendant un an. Au moins, je serai motivée pour rester bosser. Je gis et couine durant quelques minutes, écrasée sous le poids de la sobriété monacale de mon appartement, du décalage et de la fatigue. Un peu de gnangnan sur fond de tango. Conclusion : la vie à la spartiate, cela apaise et cela libère l’âme, peut-être … mais pas forcément au premier abord.

 

Je dois sortir d’ici rapidement ou le traumatisme va affecter mes fonctions vitales même si l’airco fonctionne. De toute façon, je dois me rendre au marché de la Soie me chercher un sac à main potable pour le lendemain, mieux vaut maintenant que jamais, après 11 heures du matin, il faudra me placer sous assistance respiratoire avec la chaleur. Une douche en vitesse, et vamonos à toute allure. Hardi Evelyne, retour au shopping en guise de dérivatif psychologique. 

Je prends le taxi et le métro comme une zombie, et je réalise que cinq semaines d’absence finalement, ce n’est pas beaucoup, je me sens déjà très routine. Une impression de déjà vu, blasée, lassée. Un véritable adjuvant spirituel cet appartement je vous dis.  

Effectivement, la diversion tactique fonctionne. Après quelques négociations menées bille en tête, je repars avec un sac à main Gucci à 4 €, un portefeuille adapté à la taille des billets chinois, une paire de Ray Ban, une de D&G et des sandales, un peu rassérénée. À cause de la chaleur, les vendeuses manquent de punch. J’ai pu regarder et essayer des articles dans des échoppes sans devoir lutter physiquement et psychologiquement pour en ressortir sans les acheter à un prix réservé aux proches et personnes sympathiques comme moi. Prix fraternel qu’elles proposent d’établir avec une insistance et une persuasion qui s’apparentent à du harcèlement et à des voies de fait en Europe. Bref, de tout repos.  

Retour au bercail, je m’effondre dans le coma jusqu’en fin d’après-midi. Moment manucure ! Après si longtemps…  Je deviens addict après 27 ans sans même un coup de lime à ongles par mois. Tout près de chez moi se trouve un petit marché aux vêtements, tranquille. Je fais avec un bel abandon le sacrifice de mes cuticules. J’achète une bouteille d’eau. Impératif, je me suis ébouillantée en me rinçant les dents avec l’eau du thermos. Les thermos chinois sont isothermes à très long terme. Le temps de réaliser au supermarché, que comparé à Linyi, la perle poussiéreuse du Shandong, punaise, ça douille.  

Après je reçois la visite de John, l’unique personne que je connaisse dans cette ville. Il habite par chance à 5 minutes à pied d’ici (et quand on voit les distances à Beijing, encore plus près que tout près) et qui vient constater l’étendue de mon malheur. Lui va quitter son poste à l’université du Peuple pour être engagé par une firme française. Impossible de savoir en quoi consistera au juste son travail. Mais il a répété un grand nombre de fois que ce serait très bien payé. Il en profitait pour se demander si 140 mètres carrés pour son appartement tout neuf en cours de construction, ce serait assez pour lui tout seul et s’il ne devrait pas en chercher un de 200 m2. Je suis fascinée.

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