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Tel le phénix surgissant de ses cendres ...
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car Nanny Anastasie a décidé que les internautes de la partie continentale de la Chine devaient réserver leur bande passante à d’autres lectures.

Le Grand Firewall a donc
encore frappé
...


Et toujours


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Mercredi 1 septembre 2004

Mon Hirondelle, ma ciclybette rouge avec le petit panier devant, le rêve de mon enfance, je l’ai eue. Je fends la bise et la foule. Je fais un peu gaffe aussi, les freins sont chinois. Cela veut tout dire.  Elle a 5 ans et n’a l’air de rien, c’est pas le modèle de compétition qui va attirer les voleurs de vélo (un des fléaux de la ville), mais elle est à moi. 

Je l’ai inaugurée en faisant Tian An Men et retour le premier jour, et une balade de 30 km en ville ce weekend. C’est le prolongement de mes jambes.

Le vélo à Beijing, c’est un peu moins dur qu’à Linyi point de vue trafic, mais c’est pas encore la Hollande. L’avantage toute grande rue a une large allée réservée aux vélos. A côté de cela, nos pistes cyclables font un peu minables. Deuxième avantage, y a plein de cyclistes partout. Cela vaut une masse critique de chez Provelo.

Inconvénients : les carrefours. Y a des feux rouges. Mais quand on tourne juste à droite, personne ne prend la peine de les respecter. En fait, tout le monde essaie toujours d’avancer le plus possible dans le processus de conduite dès qu’il y a moyen. Voitures et cyclistes se mettent au milieu de la rue pour tourner à gauche quand il y a la place,  et stationnant au milieu de la circulation sans l’ombre d’une angoisse. Remarquez, personne ne leur en veut, tout le monde fait comme cela. Mais disons que cela brouille un peu mes repères en matière de sécurité routière et de règles de conduite. L’usage tardif des clignotants aussi. 

Mes solutions

  • Je colle toujours à la roue d’un Chinois pour une manœuvre un peu aléatoire selon les standards occidentaux. Je copie, je copie. C’est comme cela que l’Asie se développe depuis des années, je ne vois pas pourquoi je ne pourrais utiliser la recette pour garantir ma survie.

  • Je ne roule pas trop vite, mais ici personne ne roule trop vite, même pas les voitures, Dieu merci.

  • Je travaille sur mes changements de direction au dernier moment. Le petit évitement d’un obstacle d’un coup de hanches souple et sans scrupules, c’est une qualité à avoir. Cela rentre mieux dans les mœurs locales que le grand coup de frein pour piler en plein milieu du jeu de quilles.  Personne n’exige d’avoir une voie libre et dégagée avant de s’engager. On avise au dernier moment en cas d’obstacle.

<>Je n’ai pas encore vu d’accident. Si un de mes collègues. Il s’est râpé de partout et s’est foulé la cheville en faisant du VTT à fond dans la campagne. Ca compte pas.   <>

Je n’ai pas encore eu trop peur, sauf ces foutus virages à gauche sur Fuxing Lu (la grande avenue à 8 voies que je dois traverser pour aller à CCTV). <>Mais Beijing est la ville de la cyclibette, y a pas une pente. Rien schnoll. Et comme toutes les rues sont à angle droit, on se lance rapidement dans des balades de cinq heures où on traverse la ville sans soucis. Et dont on revient sur les genoux, avec des coups de soleil partout. 

Il est d’ailleurs temps pour moi de reprendre la ciclybette pour de nouvelles aventures vers Tian An Men, la chaleur de l’après-midi est passée, et je dois aller faire du shopping.     

Par babochina - Publié dans : china as it is
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Mercredi 1 septembre 2004

C'était le 7 aout. J'ai pas fait long feu dans mon 4 étoiles.

Grâce à un ami chinois, ami d’amis. Ce fut le déménagement le plus rapide de ma vie multiple en relocations (j’en suis à mon 21e pour tout vous dire). Je l’ai appelé cette semaine pour lui dire que j’étais là et en profite pour lui confier mon désir de me tirer au plus vite de l’hotel de l’Amitié. Coup de fil passé mercredi soir. Je ne l’avais encore jamais rencontré en vrai. Samedi matin, avec sa copine, RDV à 8h du matin. Une vraie grasse matinée bref. Mais émergeant à moitié d’un lendemain de première semaine à Beijing, de première semaine de boulot et de lendemain de veille avec mes collègues à goûter la bière locale, même avec modération, je comate. Eux pas du tout, ils sont là tous les 2 avec un ami et une voiture.

Très gentiment, ils ont tous les 3 sacrifié leur matinée à visiter avec moi des appartements pour lesquels ils avaient pris rdv. On a trouvé au 4e .

1 : une grande tour près de CCTV, 24e étage, lumineux mais vieillot et vide. Gros obstacle, l’ascenseur est opérée par une dame d’ascenseur (avec son petit siège, son ventilateur, son thermo d’eau chaude dans la cabine, son territoire). La dame termine son service à 24h. A condition de bivouaquer au 12e pour mes retours nocturnes ou de m’entraîner au biathlon, pas d’arrangement.

2 : un trou à rats minuscule. 2x moins cher. Sale. Très sale. Pour vous dire, quand je suis entrée dans la salle de bains, y avait qqch qui flottait dans la cuvette des toilettes. Ca n’a eu l’air de choquer personne, mais moi oui.

3 : un truc très correct, deux pièces modernes, une cuisine, une salle de bains, une pièce de rangement. Mais une des pièces n’a pas la lumière du jour et je suis au première étage en face d’une voie express. J’hésite.

4 : Bei Feng Wo, la ruche de l’abeille du nord. Mon home. A dix minutes à pied de CCTV, le plus près. Un grand studio peint en bleu clair, cuisine verte et salle de bains en faïence rose. Tout moderne, plafond à moulures, machine à laver, frigo et micro-ondes. Loyer plus que modéré, mon propriétaire parle anglais. Je suis à l’intérieur d’un groupe d’immeubles construits pour le personnel des chemins de fer. Le batiment le plus au fond du bloc (un peu difficile à trouver je l’admets). Donc pas de bruits de voitures. Que le saxophoniste du coin qui s’entraîne le matin et les petits vieux dans le jardin au rez-de-chaussée qui tapent le domino. Mon petit bonheur à moi.

Je suis au sud-ouest de la ville, à deux pas du Musée Militaire et de la station de métro, qui est juste à côté de CCTV et de la Gare de l’Ouest. C’est pas l’endroit le plus hype de la ville, je le reconnais. Le coin des expatriés est situé à l’opposé de Beijing. Mais 10 minutes de becson pour aller et revenir du travail dans une ville où les embouteillages sont un cauchemar quotidien, après mes exils quotidiens entre Matonge et Vilvoorde près d’une heure matin et soir, ouuuuf.

Revenons à nos moutons. Appartment visité le samedi matin, emménagée le dimanche soir. J’ai fait mes bagages de l’hôtel en 5 minutes. Le tout grâce à mes amis qui sont encore venus me chercher le dimanche pour régler la paperasse et qui m’ont invitée au restaurant pour célébrer cela. Et hors de question pour moi de payer. Je les aurais offensés en tant qu’hôtes. Ils sont encore venus hier pour m’aider à faire des courses. Quant à mon propriétaire, il m’a offert mon fier destrier, pour pas que je dépense de l’argent pour rien.

Laissez-moi insister sur ce point : l’hospitalité en Chine n’est vraiment pas un vain mot.

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Jeudi 12 août 2004

Deux familles de vieux qui vivent la porte grillagée ouverte. Y en a qui m’a demandé si j’étais russe. Vu la réputation que les Russes ont en ce bas-monde, que je n’ai pas une tete de mafiosi et que je vis seule, je me suis assurée qu’il comprenne que j’étais belge, et qu’il voie ma carte d’accès à CCTV. Quand aux autres, alors que je laissais ma porte ouverte, le temps d’aller chercher de l’eau pour la nettoyer, les voilà qui sortent de chez eux pour se lancer dans une longue diatribe. Qu’ai-je fait de mal ? Je vais faire rouiller la porte en la nettoyant à l’eau ? C’est le boulot (négligé alors) du concierge ? Mystère. J’arrive quand meme à leur dire que je ne comprends rien et que moi parler fayu (francais). Je conclus qu’un tel intérêt ne peut etre que critique et déduis que je fais trop de bruit avec ma herse en métal quand j’entre ou je sors. Bizarre en Chine qu’on me reproche de faire trop de bruit. Surtout de la part de gens qui vivent portes ouvertes. Dès que John arrive, je lui demande d’aller leur demander ce qu’ils me veulent. Re-longue diatribe et le mec se casse. Il se contenterait de m’engueuler sans meme voir mon expiation et mon repentir ? Non, le voisin me prévenait qu’il était dangereux, à cause des moustiques et des voleurs, de laisser ma porte ouverte. Et qu’en tant que voisin, il se sentait de son devoir de me prévenir et de veiller sur moi. Cette porte était restée vingt secondes ouvertes avec moi à l’intérieur qui remplissait un seau d’eau en trois jours. Le reste du temps, j’étais barricadée. Et mon appartement est tellement au bout de nulle part que c’est déjà un antivol en soi. Et qu’avec des voisins pareils, pas besoin de pitbulls.

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Jeudi 12 août 2004

Le nom de mon gite.

Il y a six ou sept immeubles, avec des cours et des jardins au milieu. L’ensemble a des petites allures de favelas quand meme. Des allées peu ou mal pavées, des cahutes construites de bric et de broc dans les coins au milieu des mauvaises herbes, et une quantité impressionnante de résidus divers, avec une conséquente proportion de bicyclettes attendant le jugement dernier de leurs chambres à air. Le Chinois n’aime pas jeter. Il y a des arbres, des plantes, des engins de musculations facon plaine de jeux (il y en a dans tous les squares à Beijing), des bancs où la grande proportion de retraités qui semblent habiter le coin s’installent dès sept heures du matin avec leur tabouret. Vieux monsieurs et vieilles dames, solidement plantés, jambes écartées sur leur tabouret, une main sur le genou, l’autre qui manie l’éventail, en train de jouer aux dominos ou au mahjong, ou tout simplement en train de causer, l’air indéboulonnables. Pour le moment, il y a des gosses en vacances qui trainent dans les coins. Il y a toujours du monde dehors sauf entre 17h30 et 18h30 où tout le monde rentre manger. On n’entend plus que le bruit des spatules qui touillent dans les woks dans le quartier. A cause de la chaleur, en effet, tout le monde vit toutes fenetres, ou première porte ouverte. La première porte est grillagée. De mon appartement, je peux dire quand mon voisin se bouge sur son siège quand il regarde la télé. Mais à part cela, pas un bruit, je suis au milieu d’un paté de maisons, la rue la plus proche est plus une allée qu’une voie carrossable. Un luxe dans un pays où le bruit est une nuisance constante.  

Les vieux ont évidemment remarqué mon arrivée. Ils sont encore réticents à me saluer. Je suppose qu’ils attendent au plus vite un rapport de la responsable communautaire de la résidence avant de savoir si je suis halal. Je suis allée me faire enregistrer ce matin. Un bureau chinois où tout fonctionne au carbone, l’ordinateur est sous housse, avec des affiches des campagnes de santé publiques et un stand de vente de préservatifs. Discret, respectueux et efficace la prophylaxie en Chine. Je m’imagine bien aller chez Mme Dong pour faire des provisions de petits caoutchoucs en cas de besoin. Autant déballer la boite devant le caravansérail à petits vieux pour une plus grande discrétion.

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Mercredi 11 août 2004
Les deux après-midis de canicule que je viens de passer à nettoyer mon appartement ne l’ont pas été en vain. Cette après-midi, mon propriétaire et sa femme sont venus pour aller faire les démarches administratives de mon enregistrement. La dame, à peine passé la porte, s’est extasiée sur le brillant de mon parquet (nettoyé deux fois en deux jours et essoré à la main) et a remarqué le soin jaloux avec lequel j’avais dépoussiéré les moulures des plinthes. J’ai vu la montagne de leurs appréhensions fondre à vue d’œil. Et j’avoue que cela a été un plaisir rare de voir de la belle ouvrage remarquée et appréciée par des experts. Ils vont meme m’offrir un vélo. Et j’espère qu’ils dorment plus tranquille ce soir.
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Mercredi 11 août 2004

Ce soir je suis allée en voiture avec John et deux de ses amies. Voyage intéressant. On a fait toute la quatrième ring road à 35 à l’heure en 1ère. Les Chinois roulent lentement, c’est ce qui les empeche d’etre moins d’un milliard à l’heure où je vous parle, mais à ce point sur une voie express non. Cela faisait donc roooooptoptoptoptop calage. Surtout aux feux rouges. Il faut dire qu’il mettait le frein à main à chaque fois, au cas où les rues de Beijing se mettraient subitement à etre en pente, et au redémarrage, il oubliait qu’il l’avait mis. Recalage. On a réussi à caler deux fois d’affilée sans faire un pas à un feu rouge sur la place Tian An Men sur une avenue à plus de six voies, autant dire que cela a été fort apprécié derrière. De toute facon, dès qu’il changeait de bande, je m’attendais au coup du lapin. Si effectivement coup du lapin il y avait eu avec le frein à main sur une voie express, on en aurait conclu au suicide.

Le roi du créneau aussi, il n’a meme pas réussi à mettre son réservoir à portée du tuyau d’alimentation à la station-service. Et les des fois où on s’est arreté, il a oublié d’éteindre ses lumières. Rien qu’à voir la raideur de sa nuque pendant qu’il conduisait, il n’avait pas facile. Pardonnons-lui. Mais bon, cela associé à son sens de l’orientation, on a erré dans cette ville comme des ames en peine. Meme les bicyclettes nous ont fait des queues de poisson.

J’ai eu le plus grand mal à garder mon sérieux où à ne pas hurler ma peur là-dedans. Mais à l’instar des autres dames, je me suis dit qu’il fallait lui sauver la face en faisant semblant de ne rien remarquer. Mais quand il déboite sans regarder ni à gauche, ni à droite, et qu’il y a toujours une voiture qui arrive sur la meme bande, je peux dire qu’on a eu de la chance que les conducteurs chinois n’aient peur de rien et soient prets à tout.

Meme à lui manifestement, puisque je suis encore là pour vous le raconter.

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Lundi 2 août 2004
Je commence lundi matin. La navette vient à 8h30 pour nous chercher. Je rencontre quelques collègues de la section française. Direction la tour de CCTV, celle que je regarde à la télévision depuis près d’un an, et depuis quelques mois avec des yeux larmoyant de convoitise.  

Bon le premier jour, un peu chou blanc pour la productivité. On est dirigé vers un bâtiment annexe où se trouve une partie de la rédaction francophone. Je vois enfin Mme Song, qui m’a téléguidée jusqu’ici depuis si longtemps. Elle est très gentille. Nous sommes 4 à commencer ce jour-là. On nous montre un peu le tout, je signe mon contrat, et nous sommes conduits de l’autre côté de la rue, au département news où je vais travailler. Pas du tout question de rentrer dans la place sans carte d’accès. Le garde à l’entrée m’intime même assez sèchement de reculer parce que je mordais de trop près sur la ligne de démarcation devant le portail.  

Notre section est au 8e étage. Une salle avec des rangées d’ordinateurs et des bancs de montage. Tout le monde bosse dans la même pièce. Des ordis Dell tout neufs, avec des mini-tours. Tous sont connectés en réseau pour le traitement des dépêches. Un super truc ce réseau. Après que les articles provenant de différentes sources aient été sélectionnés par le chef d’équipe, les traducteurs chinois se mettent au travail, placent leur version dans une corbeille commune où les rewriters étrangers les reprennent pour peaufiner le tout. On les envoie vers le rédacteur final que vérifie que tout est correct à tout point de vue. Et c’est réglé. On peut voir s’afficher l’historique des modifications, retrouver la source originale en quelques clics. Le seul hoc pour moi, c’est que je deviens dyslexique du clavier. Mon portable a un clavier allemand, les claviers chinois sont des claviers américains, et bon sang de bonsoir, je ne me rappelle pas du tout où sont les accents quand je passe en français. Je p´2dqle encore dqns le riz.  

La cerise sur le gateau : Mme Song me dit que je peux me trouver un appartement si je me dépêche, et ouf, quel soulagement. Si la moquette n’avait pas connu des jours meilleurs… Il faut bien dire que les batiments de CCTV sont un peu vieux, et un peu petits. La tour semble nickel à la télé, en réalité, elle date des années 80. Toilettes à la turque et murs d’un blanc douteux. Et puis, pour une entreprise qui diffuse plus de 12 chaines, c’est encore plus petit que les batiments du boulevard Reyers. Ils louent des bureaux un peu partout dans Beijing pour éponger les surplus et ils pourraient construire de nouveaux batiments d’ici 2008. Mais la vue est époustouflante au dernier étage. Abstraction faite du smog et de l’humidité.  

Après la visite, j’arpente le quartier avec un stagiaire pour des photos d’identité pour mes multiples pass. Infructueux. Retour à midi dans le bâtiment annexe. On apporte les plateaux-repas dans chaque bureau, y a pas de réfectoire. On reçoit un plateau en plastique avec du riz, de la viande et des légumes. Chacun mange sur un coin de table avec un bout de papier journal en dessous en guise de set de table. Très coquet.  

Les employées, 99% de filles, sont toutes jeunes. Je papote, impressionnée par leur français et repars à la recherche d’un photographe. À 14h30, fin de la journée. Retour à l’hôtel. Ma chambre est nettoyée et rangée, avec nouveau thermos d’eau chaude, et le China Daily du jour qui m’attendent à la porte de mon appartement de caractère. Y a des côtés positifs à l’endroit, indéniablement, hormis son caractère désormais temporaire.  

La différence entre le touriste et l’autochtone

Je retombe dans le coma, ah le décalage, jusque 18h passées. Le temps de faire un tour du quartier, histoire d’attraper des cloches avec mes sandales neuves. Et dire que mes pieds criaient déjà grâce après mes pérégrinations aux alentours de CCTV avec mes hauts talons dans la moiteur pékinoise. Chaque grande cause cache en ses tréfonds des victimes ignorées. Mes arpions en l’occurrence.  

L’état des arpions est finalement tout ce qui fait la différence entre le touriste et l’autochtone. L’autochtone sait comment économiser ses arpions dans un environnement donné, alors que le touriste a tendance à flamber ce capital de facon inconsidérée. Voilà peut-etre la raison pour laquelle tous les touristes occidentaux du monde requerent à des équipements de trekking meme pour aller du centre commercial de Wangfujing à Tien An Men. Ils cherchent à pouvoir parer à tous les risques physiques pour profiter de leurs vacances au maximum, quitte à transporter le matériel pour un bivouac, en cas d’urgence entre les deux stations de métro. Mais au fond ce qui va les atteindre profondément dans leur chair et leur faire ressentir leur extranéité, et souvent de manière douloureuse, c’est l’état de leurs petons.  Le retard historique du touriste chinois dans la course à la société des loisirs m’a été révélé en un instant, à Long Ji, un village de montagne dans le Guangxi, où j’étais en octobre. Pas mal de dames étaient venues en talons aiguilles. Ca avec la tendance irrépressible qu’ils avaient de grimper un sommet rien que pour le plaisir d’aller y gueuler un grand coup pour entendre s’il y avait de l’écho démontre une certaine innocence de leur part. Mais la version tout-terrain du dernier catalogue Wolfskin sur pattes en environnement urbain aseptisé me parait tout aussi futile.

Je dois encore me faire tirer des photos d’identité pour l’hôtel, histoire d’obtenir ma carte de réduction d’experte : le service de nettoyage de vêtements (pas de machine à laver disponible), piscine, coiffeur, restaurant à moitié prix. Ce qui ne coûte jamais que 50% plus cher qu’à Linyi. Sauf pour la piscine, il n’y en avait pas ! J’inspecte les trois centres commerciaux de luxe de ma proche proximité. Si vous aimez l’Innovation, venez chez moi, vous ne le regretterez pas. Y en a trois à moins de 500 m, même produits, style, prix. Plus le petit marché aux fringues, et les boutiques normales. Je ne mourrai pas toute nue dans mon appartement de nonne recluse après son vœu de pauvreté.   

Je vérifie l’achalandage des supermarchés. Alléluia. Beurre Président, fromages (feta, emmental, cheddar, yaourt, cottage cheese, gouda, etc.), crème fraîche, spaghettis Barilla, sauce tomate, café, alcools occidentaux, détergents, biscuits, chocolats, viande emballée sous polystyrène, de la glace pas chinoise, un rêve. C’est cher, mais c’est là. Ils vendent des éponges gratteuses avec des manches pour nettoyer de grandes surfaces sans s’ankyloser les poignets, ingénieux pour parer au ménage elbow. Comparé à Linyi, on dirait le trésor d’Ali-Baba pour expatrié fortuné. Avec des pizzerias Domino’s qui livrent à vélo, des cafétarias Starbucks, des KFC, des Mac Do et des bars à sushi. Mes standards alimentaires seront revus à la hausse. Cependant, un marché comme celui de Linyi avec mon riz légumes à un yuan, cela va me manquer. Parce que le genre de mon quartier, c’est plutôt crache-fric. 

Je retombe dans le coma, et tourne en rond de minuit jusque 4h du mat’. Aaaah le décalage. 

Je repars au boulot ce mardi après-midi, rotation 14h30-21h pour la semaine. Après avoir passé une matinée infructueuse à essayer de me rendre au centre médical pour ma visite obligatoire. Cette fois-ci, je m’attelle au vrai turbin. Lire, corriger, traduire. Cela me plaît plutôt bien pour un premier jour. Juste que l’airco est réglé à 16 degrés. Et qu’il est situé au-dessus de mon ordi. Il règne une température polaire du côté de mes omoplates. Dans mon plateau-repas aujourd’hui, au menu, des boulettes de viande excellentes. Le boulot a l’air très correct, la cantoche aussi, que demande le peuple ?  

Un logis. Insatisfaction post-moderne typique. Il faut maintenant que je me lance dans la chasse à l’appartement à proximité de CCTV. Car les embouteillages à Beijing, cela vaut la rue de la Loi à 5 heures. Un bref sondage m’a indiqué que 40 min de trajet, c’était encore une bonne moyenne. Hors de question que je retombe dans le syndrome vilvordien du transport en commun interminable du bout du monde.

Evelyne, je compte sur toi !


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Dimanche 1 août 2004

Rien qu’à aviser le papier peint à ramages bleu foncé dans la cage d’escalier et le linge qui pend aux fenêtres un soupçon m’assaille. Simple litote, j’ai vu le cauchemar venir dès qu’on m’a montré le bâtiment, mais à cause de la fatigue, j’ai manqué de réactivité. Je me rappelais être passée devant en juin en me disant qu’il devait s’agir des logements du personnel. C’est au quatrième en plus. 

Dès l’entrée, plus aucun doute n’est permis, cela craint. Mon appartement n’a plus été modifié depuis la révolution culturelle, et il est mal foutu.  

Il s’ouvre sur une perspective réjouissante. Un couloir avec au bout une toute petite porte. Entre-t-on par là dans la peau de John Malkovich ? Ce ne serait pas si dramatique comme lot de consolation. Mais non, cela va me tenir lieu de garde-robe, moquettée bleu poussière. Dans le terme bleu poussière, il y une partie acquise, et une partie innée. Faites le tri. Avant cela, un passage étroit sur la droite, sur le coté, ma salle de bains, un magnifique carrelage beige avec des motifs de poissons sous la lumière éclatante d’un 30 Watts diabétique, et toutes les appliques métalliques rouillées. Au fond, la cuisine super équipée. De la faïence encore plus beigeasse et triste (sans poissons), un évier, deux plaques de gaz, un frigo des années 70 et une mini commode dont la place idéale se situerait dans un garage pour y ranger les clous et les boîtes de désherbant. Et une fenêtre sur la cour/jardin intérieure des bâtiments. Même pas une fourchette ou un bol. Rien.  

Dans le couloir principal, après le passage, ma chambre : un grand lit deux personnes, avec une couverture de lit et un repose-tête derrière d’un tissu brun foncé des plus engageants, deux meubles de nuit sombres. Et basta. À gauche au fond, une pièce en longueur, ma salle de séjour. Près de la porte, dans l’angle du mur, une table et deux chaises, le coin à manger, au milieu, deux fauteuils contre la paroi. Aussi confortables qu’en pierre de taille, recouverts de pied-de-poule gris sombre (un peu) taché, en face une petite télé. Contre la fenêtre qui s'ouvre sur le parking, un bureau avec une armoire chinoise sur la droite. Au moins, mon appartement ne donne pas directement sur l’avenue, 6 bandes de circulation. Des rideaux et des voiles dans la chambre et le salon qui forcent mon admiration. J’ai rarement vu aussi laid et désassorti. Le tout est éclairé au  néon partout, tellement chaleureux. Tous les meubles sont brun foncé et les murs blanc, sales (le dernier adjectif s’applique aux deux termes le précédant), avec des taches, des fissures ou des retouches de plâtre apparentes. Ben, si finalement, on a amélioré depuis la Révolution Culturelle. Je peux être mauvaise langue quand même. Au plafond des dalles de plastique orangeasse sale, un peu désajustées. Pas de fontaine pour l’eau potable, mais j’ai droit à mon splendide thermos kitschissime (aux armes de l’hôtel, les amateurs apprécieront) rempli de flotte bouillante. Super toast pour une pendaison de crémaillère.  

J’irradie de bonheur réellement, je micro-onde ma joie de vivre en ce dimanche. 8000 bornes pour cela pendant un an. Au moins, je serai motivée pour rester bosser. Je gis et couine durant quelques minutes, écrasée sous le poids de la sobriété monacale de mon appartement, du décalage et de la fatigue. Un peu de gnangnan sur fond de tango. Conclusion : la vie à la spartiate, cela apaise et cela libère l’âme, peut-être … mais pas forcément au premier abord.

 

Je dois sortir d’ici rapidement ou le traumatisme va affecter mes fonctions vitales même si l’airco fonctionne. De toute façon, je dois me rendre au marché de la Soie me chercher un sac à main potable pour le lendemain, mieux vaut maintenant que jamais, après 11 heures du matin, il faudra me placer sous assistance respiratoire avec la chaleur. Une douche en vitesse, et vamonos à toute allure. Hardi Evelyne, retour au shopping en guise de dérivatif psychologique. 

Je prends le taxi et le métro comme une zombie, et je réalise que cinq semaines d’absence finalement, ce n’est pas beaucoup, je me sens déjà très routine. Une impression de déjà vu, blasée, lassée. Un véritable adjuvant spirituel cet appartement je vous dis.  

Effectivement, la diversion tactique fonctionne. Après quelques négociations menées bille en tête, je repars avec un sac à main Gucci à 4 €, un portefeuille adapté à la taille des billets chinois, une paire de Ray Ban, une de D&G et des sandales, un peu rassérénée. À cause de la chaleur, les vendeuses manquent de punch. J’ai pu regarder et essayer des articles dans des échoppes sans devoir lutter physiquement et psychologiquement pour en ressortir sans les acheter à un prix réservé aux proches et personnes sympathiques comme moi. Prix fraternel qu’elles proposent d’établir avec une insistance et une persuasion qui s’apparentent à du harcèlement et à des voies de fait en Europe. Bref, de tout repos.  

Retour au bercail, je m’effondre dans le coma jusqu’en fin d’après-midi. Moment manucure ! Après si longtemps…  Je deviens addict après 27 ans sans même un coup de lime à ongles par mois. Tout près de chez moi se trouve un petit marché aux vêtements, tranquille. Je fais avec un bel abandon le sacrifice de mes cuticules. J’achète une bouteille d’eau. Impératif, je me suis ébouillantée en me rinçant les dents avec l’eau du thermos. Les thermos chinois sont isothermes à très long terme. Le temps de réaliser au supermarché, que comparé à Linyi, la perle poussiéreuse du Shandong, punaise, ça douille.  

Après je reçois la visite de John, l’unique personne que je connaisse dans cette ville. Il habite par chance à 5 minutes à pied d’ici (et quand on voit les distances à Beijing, encore plus près que tout près) et qui vient constater l’étendue de mon malheur. Lui va quitter son poste à l’université du Peuple pour être engagé par une firme française. Impossible de savoir en quoi consistera au juste son travail. Mais il a répété un grand nombre de fois que ce serait très bien payé. Il en profitait pour se demander si 140 mètres carrés pour son appartement tout neuf en cours de construction, ce serait assez pour lui tout seul et s’il ne devrait pas en chercher un de 200 m2. Je suis fascinée.

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